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En une demie seconde, Lilina comprit l'incongruité de la situation et sans réfléchir, répondit à oncle Karl : je suis absolument désolée pour cette visite si tardive.
Lilina, baissant la tête remarqua ses pieds, chaussés d'affreuses doc Martens, d'une pointure d'au moins 41, comment cela était-il possible, elle qui était si fière de ses pieds menus et petits qui lui permettaient de galoper sur les hauts plateaux.
-Eh bien entre, Brigit
Lilina voyait la dame au camée prendre toutes les expressions de l'incompréhension: Visiblement, elle ne croyait pas un mot de son histoire.
"Mais vous êtes bien...
- Lilina Kindu
- Comment?
- Lilina Kindu, c'est mon nom."
Devant le visage interloqué d'Antje, ce nom sonnait faux, tout d'un coup. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond et Lilina n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais le monde ne semblait plus devoir contenir que des semi-vérités. Les dames restèrent à se regarder une seconde ou deux, avant qu'une deuxième personne ne vienne s'ajouter à Antje dans l'encadrement de la porte. Lilina eut un moment de surprise. Contraitrement à Antje dont le souvenir était plongé dans une sorte de brouillard, celui de Karl était net. Allait-il pouvoir l'aider? Cet espoir ne tint qu'une demi-seconde, le temps que Karl, en souriant comme à une personne connue, ne lui dise: "Ah, bonsoir Brigit, que nous vaut ta venue à cette heure tardive?"
pourtant à sa manière d'ajuster ses lorgnons sur son nez, il semblait quand même que c'était elle, pourquoi, alors ne m'avait -elle pas reconnue?
La femme qui avait ouvert la porte n'était pas tante Antje....
- Voilà, vous allez rire, mais il m'est arrivé
une chose incroyable : j'ai moi même un
camée, don hérité de feu Hortense Vanderveld
ma grand-mère, épouse d'Emile, hors il se trouve que passant
dans votre rue précisément devant votre maison,
mon bijou c'est malencontreusement détaché, c'est
bête, il a roulé voyez-vous ici même, c'est alors qu'une
pie voleuse s'en ait emparé, oui sale bête, je vous demande
donc la permission de faire le tour de votre jardin, afin
d'essayer de les retrouver, en effet je l'ai vu se sauver par ici...


Lilina frappa à la porte.Une femme aux cheveux tirés en chignon et lorgnons sur le nez lui ouvrit, sa robe était longue avec des manches bouffantes et un jabot sur la poitrine,un ruban piqué d'un magnifique camée enserrait son cou.
On entendit un déglutissement dans la gorge de Lilina.
-Oui!Mademoiselle, que puis-je pour vous?
"

Revenue sur ses pas, elle était de nouveau devant la maison des Schmeizpov. La lumière était allumée, signe évident d'une présence, et l'écriteau avait disparu.
Lilina se demanda comment et pourquoi ce message avait été affiché, et avait disparu, imaginant des thèses conspirationnistes autant que rocambolesques. Bien entendu, elle ne saurait jamais la vérité, à savoir qu'un gamin de 7 ans répondant - à l'appel du repas et lorsqu'il savait qu'il y avait de la compote en dessert - au nom d'Evariste avait détaché la missive d'une maison voisine pour la rattacher ici, et comment un autre gavroche, du nom de Pascal, avait décidé que cette affichette serait la bienvenue sur sa propre maison où devait débarquer sa tante Eglantine, qui partageait avec la plante éponyme la capacité à piquer ceux qui s'y frottaient de trop près.
Je sais des formules apprises. Je leur crachais dessus.
Je sais des impossibilités pratiques. Je les décontenançais à force d'incroyable.
L'incroyable, c'est la porte de secours que je poussais quelquefois.........

"Nous sommes partis en vacances"
Elle avait trouvé le mot improbable sur la porte principale
de la villa...
- Impossible ! réfléchi Liliana
Quelqu'un avait sciemment punaisé cette affichette
quelques minutes avant qu'elle n'arrive. C'était stupide,
comme stratagème.

Elle regarda autour d'elle, à cette heure les quais étaient déserts
mais une voix éraillée montait d'en bas. Elle se pencha pour voir,
sur un air de Tosca, un clodo chantait, mais les paroles n'étaient
pas celles attendues.

- "
La proximité de la Seine l'intriguait. Dans son pays, les rivières ne coulaient qu'au fond de gorges inaccessibles ou presque, découpant les plateaux en de profondes entailles qui empêchaient la circulation des personnes et des biens. Une rivière, pour Lilina, c'était une barrière, et l'idée d'en traverser une comme cela, au détour d'une promenade, ne cessait de l'étonner. Elle laissa un petit mot et retraversa le pont Louis-Philippe pris sur sa droite vers le Pont Marie, elle apercevait déja la grande tour de Jussieu.

Après de longues et palpitantes péripéties, elle arriva devant la fameuse villa.

Manque de pot, ils étaient partis en vacances.

Elle longea la rue de Rivoli, passa le Châtelet, l'hôtel de ville, emprunta le quai de Grève et vit sur sa droite l'ile Saint-louis, Folie ! retourner chez Rubens c'était se jeter
dans la gueule du loup...
Une visite à tante Antje et oncle Karl, lui en apprendrait
davantage, un bon repas n'était pas négligeable non
plus.
Antje Schmeizpov était la belle soeur par alliance du
petit frère, cousin cadet de la grand-mère de Liliana.
Lui même avait eu un destin hors du commun, effectivement,
abandonné dés sa naissance, une nuit, sur le marche pied d'un
manège de forain, il avait eu comme première vision
le dessous d'une tête de cheval, ce qui on le comprend,
le marqua, toute sa vie durant. Il fût donc, dans le désordre:
riveteur d'ailes d'avions, poinçonneur au champ de course,
joueur de monopoly portatif, vendeur d'eau d'abricot l'été,
plus tard il fit une grande carrière dans les finances... dit-on.
Quant à Karl Schmeizpov, on ne savait pas grand chose, si
ce n'est qu'il envoyait chaque année des cartes de voeux, aux
habitants d'une rue, choisie par hasard sur le plan de Paris.
Lubie ? excentricité certaine. Ils habitaient "Villa Rachmaninov" à
l'autre bout de la ville, Liliana se mit en route.
 
Rien à faire, il fallait faire demi tour et rejoindre la salle des
Rubens, il fallait trouver un indice et se réapproprier le Katang
Katangais, regarder attentivement les tableaux, oui les regarder et trouver une piste, une adresse


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